“Googlebot est aveugle, si ton site est accessible ce sera bon pour son SEO1 .”
Comme moi, vous voyez peut-être surgir ce type d’argumentaire à intervalle régulier sur votre fil Linkedin.
Une variante qui se développe récemment :
“Pour que ton site soit bien lu par un agent IA, il faut qu’il soit bien structuré et donc accessible”.
Ces argumentaires partent généralement d’une bonne volonté : inciter les porteurs de projet à investir dans l’accessibilité. Et peut-être même qu’ils portent leurs fruits.
Mais il y a quelque chose qui me gêne profondément dans cette façon de penser.
Une personne ne se résume ni à son handicap, ni à ses technologies d’assistance
Ce qui est sous-entendu par ces arguments, c’est que si un site est optimisé pour le SEO et pour les agents IA, il le sera aussi pour les lecteurs d’écran2 .
Premièrement : ce n’est que très partiellement vrai, et Karl Groves en parle mieux que moi (en anglais). Aucune bonne pratique SEO ne prend en compte les interactions qu’une personne va avoir avec le site : ouvrir un menu ou une modale, remplir un formulaire, et bien d’autres. Et c’est bien normal : ce n’est pas le but du référencement naturel. C’est pourtant ce qui rend de nombreux sites inutilisables avec un lecteur d’écran ou un clavier.
Deuxièmement, le lecteur d’écran n’est qu’un moyen de naviguer sur le web parmi bien d’autres. Les bonnes pratiques SEO ne vous demandent pas plus de vérifier :
le contraste de vos textes avec leur arrière-plan,
la possibilité de zoomer à 200% sans perte d’information,
la possibilité d’ajuster la taille ou l’espacement du texte,
la cohérence de l’ordre de tabulation,
et tant d’autres critères.
Mais surtout, aucune bonne pratique SEO ne pense réellement aux humains en bout de chaîne, et ça fait toute la différence. Non seulement un humain interagit avec votre site web, contrairement à un Googlebot, mais en plus il ou elle pense et ressent. Et face à un site inaccessible, il ou elle pense peut-être “encore une fois, on n’a pas pensé à mes besoins, c’est comme si je n’existais pas”. Et c’est une pensée qui fait mal, et qui met en colère.
C’est pour ça que quand je conçois un site ou une application web, j’essaye plutôt de dire à chaque personne qui va utiliser le service : “nous existons ensemble dans cet espace, j’ai pensé à toi, à tes besoins, à tes vulnérabilités, à tes ressentis.”
Mais ça, je ne le dis pas à Googlebot.
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